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02/03/2013 

Un regard de Philippe Langevin sur l'action d'Acim

ACIM, passeur de Méditerranée

Dans les changements d’un monde en quête de repères et à un moment de grandes inquiétudes pour le Méditerranée, cette mer au milieu des terres, l’ACIM porte les valeurs de l’échange et les vertus de la créativité.


Philippe Langevin

Tout le contexte historique, géographique et culturel de la Méditerranée oppose deux discours qui ne se rejoignent pas : une approche traditionnelle, presque sentimentale déclamée sur l’huile d’olive, les vertus de la vigne, le pastoralisme, la magie des lieux, un patrimoine exceptionnel, l’Empire romain, l’héritage de Jules César et une autre vision sur les réalités politiques d’aujourd’hui de révolutions incertaines dans des printemps Arabes qui risquent de se terminer en hiver après avoir sauté l’été.

On peut situer l’action de l’ACIM par rapport à une vision partagée de la Méditerranée qui fait référence tout à la fois à son caractère historique de berceau de civilisation où se sont constituées les trois grandes religions monothéistes et à son actualité brûlante qui renvoie à ses divisions et à ses excès dans une quête difficile de la démocratie. La Méditerranée est une histoire.

Une association comme l’ACIM, bien modeste par rapport à l’ampleur du problème, porte dans son action l’idée d’une nouvelle forme de relations entre les deux rives, d’une nouvelle conception de la créativité, d’une mise en place partagée de l’économie de la connaissance, du dialogue, des transferts ; des idées de passage, de réciprocité, d’une économie du respect, une économie du lien plutôt qu’une économie du bien. Au-delà de ses succès économiques auprès des diasporas appelées à contribuer au développement de leurs pays d’origine, ACIM place ses interventions pour accompagner la création d’entreprise dans des valeurs qui donnent sens à son action.

On perçoit autour de nous le retour de la « frontière limite » qui prend le pas sur la « frontière passage ». L’Europe s’enferme dans les certitudes du plus riche de ses pays. L’Amérique et le Japon croulent sous le poids de leur dette. L’Afrique n’en finit pas de mal partir… Et, à l’autre bout du monde, des pays que l’on dit émergents construisent en leur faveur un nouvel ordre du monde. La Méditerranée n’y est pas.

Cette Méditerranée, ses 28 pays qui la bordent, ses fleuves qui la nourrissent, ses villes qui l’animent, n’a pas de perspectives lisibles, de projet à moyen terme, quelque chose à partager de suffisamment mobilisateur pour que ses 500 millions d’habitants se rencontrent pour cultiver un espoir, oublier le passé pour se construire un avenir. Cet espace économique majeur de production et de circulation est en perte de vitesse par rapport à d’autres lieux du monde, par exemple l’Asie du Sud Est, l’Amérique du Sud ou l’immense Russie. Sa grande diversité n’est pas vue comme une richesse. Aujourd’hui comme hier, les oppositions s’expriment entre une rive Nord de vieux-catholiques rentiers et une rive Sud de jeunes musulmans au chômage. Deux mille ans après Rome, ce territoire est encore à construire.

Aujourd’hui, dans cette Méditerranée en mouvements, dans les défis qu’elle doit affronter, dans les incertitudes qui sont les siennes, l’association ACIM ouvre des passages. La crise économique et financière des pays de la rive Nord et la crise politique des pays de la rive Sud, la crise globale enfin qui affecte les deux rives ne portent aucune perspective sur un avenir commun possible. Nous sommes enfermés dans le temps court, l’immédiateté, la vitesse de la lumière de nos ordinateurs. On se sait plus du tout dans quelle direction se diriger. Notre monde est comme la Méditerranée : sans pilote.

Pourtant, nos défis économiques et sociaux sont communs avec l’augmentation de la précarité, les conflits entre générations, le niveau du chômage qui prend des proportions considérables dans une société qui devient indifférente à la misère des autres. A l’horizon d’autres défis se profilent : le changement climatique, la crise énergétique, le prix des choses sans prix qui peuvent s’appeler environnement, biodiversité mais aussi et surtout solidarité et fraternité. Nous sommes dans une économie de la proximité plutôt que dans une économie de la prospective.

Entre les pays de la rive Nord partenaires d’une Union Européenne dont la seule ambition est dans la réduction de ses déficits et ceux de la rive Sud enfoncés dans des révolutions incertaines, la responsabilité des hommes de bien est de construire des ponts.

Dans cette construction, il y a un moteur essentiel qui est celui de la création : création de valeurs ajoutées, création de partenariat, création d’entreprises, création d’emplois… C’est la mission d’ACIM dans la professionnalisation des créateurs d’activités ou dans la recherche d’investisseurs de la diaspora.

Il y a quelque part dans cette fonction une aspiration à la liberté : liberté d’entreprendre, d’échanger, de comprendre qui va à contre-courant de la tentation du repli, de l’effet frontière qui devient refus, de la peur de l’autre parce qu’il est différent. L’Islam, radical ou pas, fait peur comme la montée des intégrismes et des renfermements qui viennent de la rive Nord et de la rive Sud. Et le berceau des grandes religions devient celui des exclusions.

Il faut réfléchir sur une éthique de codéveloppement. ACIM est un passeur entre les rives vers une société de la responsabilité, de la créativité, de l’innovation, du changement. Même si ses moyens sont limités, ses forces relatives, son personnel modeste par rapport à l’immensité de la tâche, ACIM porte du sens. Notre association participe au dialogue toujours à reconstruire entre les rives de la Méditerranée après bien des échecs : l’échec de Barcelone, l’échec de l’Union de la Méditerranée, l’échec de l’Union du Maghreb Arabe…

Dans ce contexte, avons-nous encore quelque chose à attendre des politiques ?

Nous ne pouvons plus attendre. Le changement ne viendra pas par un traité signé en grande pompe dans un hôtel Hilton. Nous ne pourrons nous structurer que par le bas, par la société civile, par l’engagement associatif, par le partenariat, par la reconnaissance d’une autre conception globale de la Méditerranée qui serait construite sur le dialogue et non pas sur la diplomatie, qui serait basée sur l’échange et non pas sur le financement.
Ce seront les passeurs d’espérance qui feront la Méditerranée. L’ACIM est l’un d’eux.

Philippe Langevin
Marseille, le 14 février 2013



 
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