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01/09/2012 

Etude Femise FEM34-01

La population immigrante et le développement du commerce bilatéral

L’effet de création d’échange par les immigrants : Caractérisation des opportunités socio-économiques qui résultent des relations entre flux de personnes et flux de marchandises au sein de la région Mena

Ce résumé présente une synthèse des résultats des recherches correspondant au rapport technique du projet de recherche FEMISE (FEM 34-01), sur le thème : «L’effet de création d’échanges des immigrants : Une caractérisation des opportunités socio-économiques découlant du lien entre les flux d’échanges de biens et de personnes dans les pays méditerranéens», dans le cadre du programme de recherche 2010-11. Les flux migratoires dans les pays méditerranéens (MED) constituent un processus économique et social pertinent, qui génère des bénéfices à la fois pour les pays d’origine et de destination. En 2010, près de 15 millions de nationaux nés dans les pays MENA vivaient dans les pays de l’UE, ce qui constitue un flux de personnes très significatif au niveau mondial. L’augmentation rapide de la population immigrée à destination de l’UE constitue aujourd’hui l’un des défis politiques et sociologiques majeurs, avec des conséquences économiques significatives. Bien que la plupart des études économiques se soient concentrées sur les effets de l’immigration sur les marchés du travail du pays d’accueil et le rôle de l’Etat providence, la littérature a aussi commencé à s’intéresser à un autre aspect pertinent de l’immigration, à savoir la relation entre la population immigrante et le commerce bilatéral. En fait, il existe une littérature émergente qui montre que les migrants peuvent générer des aspects positifs sur le commerce bilatéral entre le pays d’accueil et de destination des migrants. Ce projet de recherche se concentre sur l’exploration de cette question dans les pays MED, à partir d’une analyse quantitative.

En dépit du développement des technologies d’information et de communications (TIC), les coûts d’information continuent à jouer un rôle important dans les relations d’échanges internationaux. Les réseaux sociaux et d’affaires transnationaux sont susceptibles de réduire les défauts d’information qui limitent les échanges commerciaux. Les réseaux transfrontaliers sont aussi de nature à se substituer aux marchés organisés pour la rencontre des offreurs et des demandeurs internationaux. Les liens des immigrants avec leurs pays d’origine permettent de promouvoir les échanges pour au moins trois raisons. Premièrement, les immigrés ont une bonne connaissance des coutumes, des lois, de la langue ainsi que des pratiques commerciales à la fois du pays d’origine et de destination. En conséquence, leur présence contribue à combler l’écart d’information entre les acheteurs et les vendeurs des deux pays, en favorisant ainsi les opportunités de commerce bilatéral et en établissant des liens durables fondés sur la confiance et une culture comprise mutuellement. Deuxièmement, les réseaux des migrants peuvent faciliter l’application des contrats à travers des sanctions et exclusions qui se substituent aux règles institutionnelles souvent insuffisantes. Ceci réduit les coûts d’échange. Comme l’a montré la littérature, ces deux types d’effets de création d’échanges sont pertinents pour augmenter à la fois les importations et les exportations entre les pays d’origine et de destination des migrants à travers les effets de réseaux. Et troisièmement, les migrants apportent leurs goûts pour les produits de leur pays d’origine, ce qui crée un effet de préférence qui favorise les importations du pays d’origine vers le pays de destination. D’une façon générale, les études se concentrent sur l’impact différencié de l’immigration dans le pays d’origine et d’accueil afin de mieux cerner l’impact socio- économique et les effets de création d’échanges.

La première contribution du programme de recherche FEM 34-01 réside dans l’exploration de la relation commerce-migration pour les cas du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne, compte tenu de l’importance de l’immigration dans ces pays. Durant la décennie 2001-2010, ces trois pays ont accumulé des stocks de migrants supérieurs à 10 millions de personnes, principalement en provenance du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, ce qui rend nos résultats cruciaux pour la région euro-méditerranéenne. Le champ d’étude s’appuie sur des données régionales fines, ce qui constitue une nouveauté pour la région MED tout en procurant des gains substantiels de robustesse économétrique. Les résultats montrent clairement des effets de création d’échanges, à la fois au niveau des exportations et des importations, à travers le canal des réseaux pour les trois pays, le canal des préférences apparaissant simplement légèrement pour les importations en provenance de zones historiquement plus proches des pays d’accueil des migrants (Amérique latine, Europe de l’Ouest et pays méditerranéens).

Les résultats empiriques montrent que plus les pays d’origine et de destination des migrants sont distants, en termes d’institutions, de niveaux de développement ou de culture, plus les effets de création d’échange des réseaux de migrants sont importants. Le degré de différenciation des biens échangés semble également important avec des réseaux de migrants qui facilitent davantage le commerce de produits manufacturés que de biens primaires, dans la mesure où ce type de produits demande davantage d’investissement pour obtenir l’information nécessaire pour arriver dans les nouveaux marchés (information qui circule dans les réseaux des migrants). Ces résultats permettent aussi de mettre en lumière les effets positifs de la création d’échange des flux migratoires de la zone MED, avec les conclusions suivantes : premièrement, les pays MED ne figurent pas parmi ceux ayant le rôle le plus élevé des réseaux de migrants dans la promotion des échanges commerciaux pour les pays de l’UE. Les migrants d’Afrique du Nord sont en effet arrivés depuis déjà longtemps dans l’espace européen. En conséquence, les réseaux ne sont aujourd’hui plus aussi nécessaires pour partager l’information bilatérale concernant les opportunités de commerce. On peut noter que ces effets sont d’autant plus importants pour des populations distantes, par exemple an provenance d’Asie ou d’Afrique sub-saharienne. Deuxièmement, il reste cependant encore des opportunités réelles pour les réseaux d’immigrants méditerranéens dans la création de nouveaux flux d’échanges dans la zone, pour les produits manufacturés et certains produits primaires.

Les effets de créations d’échanges identifiés concernent à la fois les exportations et les importations, ce qui constitue un résultat très important de ce projet de recherche, dans la mesure où tous les partenaires apparaissent gagnants dans ce processus. Les élasticités estimées suggèrent que pour ces pays particuliers, une hausse de 10% du stock de la population immigrée génère des effets de création d’échange de l’ordre de 2 à 3% pour les pays MED, et jusqu’à 6% pour les pays plus distants (Asie). Ces valeurs sont très significatives d’un point de vue quantitatif, en particulier concernant les échanges entre l’UE et ces pays distants. La prise en compte de ces résultats permet de conclure que les politiques migratoires et commerciales de l’UE peuvent être considérées comme des outils complémentaires pour une stratégie de développement partagé dans la région MED où les flux de biens, de personnes et de capitaux pourraient être favorisés dans une logique de bénéfice net pour tous les partenaires.

La seconde contribution de ce projet de recherche réside dans les études de cas relatifs à la France et l’Egypte concernant la relation commerce-migration. Le cas français est particulièrement intéressant pour la région et les politiques euro- méditerranéennes, dans la mesure où, avec l’Espagne et l’Italie, la France concentre la plus grande partie des migrants originaires d’Afrique du Nord. Le cas égyptien constitue également un cas d’étude particulièrement intéressant en matière de relation commerce-migration dans la mesure où il permet d’identifier les spécificités éventuelles de cette relation avec différents partenaires (UE, MED ou pays du Golfe) par rapport aux autres cas étudiés. Les résultats pour le cas français sont proches de ceux attendus pour un pays développé. Les effets réseaux sont prédominants et une hausse de 10% du stock de migrants génère une hausse des échanges de 2 à 5%. Bien que les effets de création d’échanges spécifiques aux pays MENA semblent plus faibles que ceux des pays plus éloignés géographiquement, l’effet observé reste significatif, en particulier à travers l’effet réseau. Les résultats montrent aussi que les effets pro- commerce des migrants est significatif à la fois pour les exportations et les importations, bien qu’ils ne soient pas aussi importants pour les produits homogènes que pour les produits manufacturés. Le plus faible effet de création d’échanges enregistré pour les pays MENA pourrait s’expliquer par une part plus importante des produits homogènes de ces pays dans leur commerce avec la France. Il pourrait aussi être une conséquence du plus faible impact des effets réseaux compte tenu du fait que les premiers migrants d’Afrique du Nord sont arrivés il y a longtemps en France. Ce résultat permet néanmoins de confirmer le fait que la mise en place d’une zone de libre-échange entre l‘UE et les pays d’Afrique du Nord est complémentaire à l’effet réseau des migrants pour encourager les échanges commerciaux. Les effets réseaux sont cependant plus importants pour créer de nouveaux flux d’échanges avec des pays plus distants, comme les pays asiatiques.

Dans le cas de l’Egypte, les résultats montrent que les migrants égyptiens permettent de créer de l’échange avec la plupart des pays d’accueil de l’UE. Toutefois, ces effets existent seulement pour certains produits et certains pays. En particulier, cette étude démontre que les migrations augmentent le commerce entre l’Egypte et l’UE à travers à la fois les effets réseaux et les effets préférences mais avec un rôle prédominant du premier effet, comme d’ailleurs dans la plupart des études Sud-Nord. Le type de commerce favorisé par les migrants égyptiens diffère néanmoins entre les exportations et les importations, avec une création d’échanges pour les exportations de produits homogènes et différenciés entre l’Egypte et l’UE (effet préférence), alors que pour les importations, la création d’échanges concerne les produits homogènes et à prix de référence (effets réseaux et d’opportunité de marché). Ce résultat est important pour les décideurs politiques des deux côtés de la Méditerranée dans la mesure où il accorde un rôle important des migrants, parfois négligé dans le passé. Il montre aussi que les migrations actuelles peuvent également être considérées comme un outil de développement des deux rives de la Méditerranée, notamment à travers leur impact sur les industries manufacturières ou les produits différenciés au sud. Concernant les pays du Golfe, les résultats montrent peu d’effets de création d’échanges des migrants égyptiens arrivant dans ces pays. Les similarités entre les personnes de ces deux zones, notamment culturelles et sociales, peuvent être des facteurs qui réduisent les gains à l’échange découlant des flux d’information à travers les réseaux. Par ailleurs, les migrations à destination des pays du Golfe sont le plus souvent temporaires. En conséquence, les réseaux ne semblent pas jouer le même rôle que pour l’Europe et les autres pays de destination des migrants égyptiens (comme par exemple l’Amérique du Nord).

Les résultats concernant le cas tunisien montrent l’existence d’effets de préférences des migrants sur le commerce. Comme tenu de l’accès limité aux données et de la situation en Tunisie en 2011, nous avons étudié ce pays du point de vue de l’accueil de migrants tunisiens dans l’UE, en particulier la France, l’Italie et l’Espagne. Comme indiqué dans la partie descriptive du rapport FEM 34-01, plus de 900000 migrants tunisiens vivent actuellement dans l’UE, la France étant leur principale destination avec 600000 tunisiens travaillant dans ce pays. Le rôle principal des réseaux dans la création de commerce concerne les importations françaises, dans la mesure où les immigrés tunisiens vivant en France permettent d’augmenter les importations de produits alimentaires et de textile. Cependant, les échanges de produits manufacturés ne sont pas caractérisés par une importante création d’échanges et les élasticités restent faibles pour tous les produits échangés (1 à 1,5%).

Les investigations supplémentaires permettent d’analyser la relation entre les migrations et les transferts financiers des migrants dans la région MED. Sur ce point, l’étude 34-01 propose une analyse des déterminants des transferts financiers sur la période 1990-2010, avec des résultats et des recommandations de politique économiques intéressants. Notre intérêt principal a porté sur le rôle de trois séries de variables principales permettant d’expliquer les flux de transfert : les variables macroéconomiques et du cycle des affaires dans les pays d’origine et de destination des migrants ; les facteurs institutionnels, les règles de droit, la qualité de la règlementation, l’efficacité gouvernementale et d’autres mesures développées par la Banque Mondiale ; et enfin des variables liées à la pauvreté et aux inégalités dans le pays d’origine des migrants. Les entrées de transferts pour les pays MENA revêtent une importance capitale pour leur population puisqu’elles constituent une source de revenu complémentaire, plus importante en volume que les IDE et l’aide relatifs aux flux de capitaux. Par ailleurs, les transferts des migrants sont moins affectés par les baisses faisant suite à la crise financière internationale.

Les études sur les facteurs expliquant les flux de transfert de migrants concernant les pays en développement ont traditionnellement mis en lumière le rôle que les variables macroéconomiques jouent dans ce processus, en particulier les taux de change, les niveaux de revenu des pays bénéficiaires des transferts ou encore le niveau de développement du secteur financier. Certaines nouvelles contributions dans la littérature s’intéressent aussi à la relation entre pauvreté, éducation et le volume des transferts entrant dans les pays d’origine des migrants. Dans ce programme de recherche, nous avons suivi une approche macroéconomique cohérente afin de distinguer lequel de ces facteurs explique le mieux les entrées de transferts. La principale innovation de cette recherche réside dans l’application de modèles en données de panel correspondant à une base de données couvrant simultanément tous les pays de la zone MENA sur la période 1990-2010. Deuxièmement, nous avons également introduit au niveau pays une large palette de facteurs institutionnels en variables explicatives, en testant leur rôle sur les transferts. Les résultats démontrent la pertinence de ces variables pays comme le revenu, le niveau d’éducation et la conjoncture économique dans le pays de destination, qui sont les forces principales permettant d’expliquer les transferts vers les pays d’origine. Les facteurs institutionnels semblent également jouer un rôle dans ce processus, bien qu’à un degré moindre. Nous observons également l’existence d’une covariance positive entre les transferts, les IDE et les flux de capitaux liés à l’aide qui arrivent dans cette région.

Les résultats démontrent clairement la pertinence des trois facteurs principaux qui déterminents le volume des transferts par habitant reçus pour chaque pays de la région MENA : il faut atteindre un seuil minimum de revenu dans le pays d’origine des migrants afin que les groupes d’individus deviennent capables de migrer ; la question de l’éduction des migrants est également un facteur important pour expliquer l’origine des transferts ; enfin troisièmement, le rôle de la conjoncture économique dans les pays d’accueil est déterminante pour influencer de tels flux de capitaux, comme on peut facilement le comprendre. Ces trois facteurs ont émergé comme les forces principales permettant d’expliquer les transferts par habitants vers les pays MENA ces vingt dernières années, époque pendant laquelle ces transferts ont considérablement augmenté. Nous avons vu également comment de meilleurs institutions dans les pays MENA peuvent affecter le comportement des migrants vivant à l’étranger concernant leurs transferts. Un autre résultat concerne la question des inégalités sociales, ce qui indique que les transferts augmentent l’intérêt de cette question, même dans les régions comme les pays MENA, caractérisés par des niveaux de PIB par habitant relativement élevés. Enfin, les questions de pauvreté ne semblent pas très bien prises en compte à partir de l’approche macroéconomique dans le débat sur transferts, ainsi que l’a montré la littérature économique. Nous ne trouvons pas non plus de résultats concluants concernant les variables de pauvreté dans notre travail empirique. Ceci suggère qu’une telle question pourrait être plus avantageusement traitée dans un cadre micro plus détaillé reposant sur des enquêtes.

Dans l’ensemble, les résultats de cette partie du projet FEMISE sur les transferts semblent être un complément intéressant aux travaux précédents sur la relation commerce-migration. De plus, ces deux contributions ont abouti à des recommandations importantes de politiques économiques, qui ont permis d’enrichir le débat sur les questions de commerce et migration dans la zone UE-MED. Tous ces résultats sont expliqués en détail dans le rapport final correspondant au projet de recherche FEM-34-01 faisant suite à ce résumé.


Par : Andrés Artal-Tur & Vicente Pallardó-López, Institute of International Economics (IEI-UV), University of Valencia, Spain

Contribution de : ARTAL-TUR Andrés IEI-University of Valencia & Technical University of Cartagena, Spain
BACARIA Jordi, IUEE-Universitat Autónoma de Barcelona, Spain
BOUGHZALA Mongi, Université du Tunis El Manar, Tunisia
ESTEVE-PÉREZ Silviano, IEI-University of Valencia, Spain
GHONEIM Ahmed Farouk, Cairo University, Egypt
PALLARDÓ-LOPEZ Vicente, IEI-University of Valencia, Spain
PÉRIDY Nicolas, Université du Sud Toulon-Var, France
REQUENA-SILVENTE Francisco, IEI-University of Valencia, Spain



 
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