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Revue de presse
Maroc


10/08/2015 

Le Matin

Les MRE injectent chaque année 5 milliards de dollars dans l’économie nationale

À peine 7,7% des transferts de fonds effectués par la communauté marocaine à l’étranger sont affectés à l’investissement.


Le dernier rapport du Fonds international de développement agricole de l'ONU au titre de l’année 2014 vient de classer le Maroc à la troisième position en termes de transferts d’argent de ses ressortissants à l’étranger en 2014. Il est précédé par le Nigeria et l’Égypte. Et ce sont Marocains de France qui ont occupé la première place en transférant en 2014 environ 2 milliards de dollars vers le Maroc, suivis des Marocains d’Espagne avec 1,7 milliard de dollars et ceux d’Italie avec 959 millions de dollars. Cette répartition s’explique par la forte présence des Marocains en France. Celle-ci reste le principal foyer de l’immigration marocaine et continue d’être alimentée par la migration qualifiée.

Le classement du Maroc en termes de transferts d’argent de ses ressortissants à l’étranger confirme le constat établi par l’étude portant sur «les transferts de fonds des MRE», réalisée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Bureau pour l’Afrique du Nord, dans l’objectif de cerner la dynamique des transferts de fonds en provenance des nationaux résidant à l’étranger dans trois pays de la sous-région Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie). Selon cette étude, le Maroc se distingue nettement de ses voisins en ce qui concerne le volume des fonds transférés par la communauté installée à l’étranger. Durant la période 2002-2013, la part moyenne des transferts des MRE a positionné le Maroc à la première place à l’échelle maghrébine. Ainsi, cette étude met en avant la tendance haussière des fonds des MRE au cours de ces dernières années.

Entre 2002-2013, les transferts de fonds ont connu des évolutions en ligne avec la dynamique de l’émigration marocaine et les mutations de la politique migratoire des pays de résidence, lit-on dans l’étude. L’analyse de la dynamique des fonds a fait ressortir l’impact positif des transferts des MRE sur les équilibres macro-financiers du pays, notamment pour ce qui est de l’apport en devises. «Un effet qui permet d’atténuer les tensions qui pèsent sur le niveau de liquidité et d’éponger une partie des besoins en financement externe», souligne l’étude de la CEA. Mais malgré leur importance pour l’économie marocaine, les transferts des MRE ne portent que faiblement sur l’investissement. Seulement 7,7% du total des fonds transférés sont affectés à l’investissement, 71% absorbés par la consommation. L’immobilier reste le secteur dominant des investissements des migrants. D’après l’étude, «le choix de l’immobilier est un signe de réussite sociale et il a aussi une valeur symbolique et affective pour le migrant vivant loin de chez lui». Toutefois, l’investissement dans le secteur immobilier dénote un déséquilibre dans la mesure où il concerne seulement les régions qui sont déjà prospères, au détriment des zones défavorisées condamnées au désinvestissement. 

«La création d’entreprises par les MRE, qui pourraient jouer le rôle de relais avec des marchés clés pour l’offre exportable marocaine, n’a pas encore atteint sa maturité», tel est l’autre constat affirmé par l’étude. Les transferts réalisés par les MRE restent en général des flux financiers au lieu de se transformer en projets d’investissements créateurs d’emplois et de valeur ajoutée. Malgré tout l’arsenal d’actions relatives au climat des affaires, mis en place par l’État pour encourager les MRE porteurs de projets à investir au Maroc, seule une minorité semble porter un intérêt à l'investissement au Maroc, note l’étude. Les craintes liées aux droits de propriété, à la corruption, aux dysfonctionnements du marché et à la bureaucratie sont autant de freins qui retiennent les MRE et les dissuadent d'investir dans les secteurs à forte valeur ajoutée. Afin de mieux orienter l’affectation des fonds des MRE, l’étude de la CEA préconise le développement d’une offre d’expertise et d’accompagnement des investisseurs des MRE. Cette offre pourrait être fondée sur les compétences identifiées à l’étranger dans le cadre des réseaux de compétences développés en lien avec les programmes mis en place par l’État, comme Maghribcom, ainsi qu’avec les offres de l’Agence nationale pour la promotion des petites et moyennes entreprises. Le but étant d’inclure une offre d’accompagnement spécifique aux MRE. Le programme «devrait démarrer depuis le pays de résidence jusqu’à sa concrétisation dans le pays d’origine», note l’étude. 

Soumaya Bencherki, LE MATIN, 10 août 2015



 
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