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10/2007
Les secteurs privé et public se tendent la main au Tchad
Banque mondiale Le 2 octobre 2007 -  Après des années de développement séparé, le secteur public et les opérateurs économiques du Tchad viennent de nouer les fils du dialogue. Depuis juin 2007, le Forum de dialogue état-secteur privé (FODEP) a vu le jour en tant qu’instance supérieure regroupant les deux secteurs. Son objectif est d’aplanir les barrières entravant le bon climat des affaires au Tchad.
Issu d’un consensus entre le privé et le public, le FODEP se positionne comme « une plateforme de concertation et de dialogue entre les secteurs public et privé, ainsi que les différents détenteurs d’enjeux du secteur privé incluant les bailleurs de fonds et la société civile, dans le but de faciliter les échanges sur des problèmes et des solutions relatifs au développement du secteur privé ». Le dialogue nouvellement instauré se situe à plusieurs niveaux : il lie le secteur privé à plusieurs entités importantes du pays, à savoir la Présidence de la République, le Gouvernement et les différentes régions du pays.
Concrètement, cette embellie de l’environnement des affaires au Tchad a été rendue possible grâce à l’initiative et au soutien de la Société financière internationale (SFI), dans le cadre de son programme Partenariat pour l’entreprise privée en Afrique (PEP Afrique). La SFI a ainsi renforcé des actions engagées depuis quelques années en faveur du secteur privé tchadien conjointement avec le ministère du Commerce et la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et d’Artisanat (CCIAMA) du Tchad. Celles-ci se traduisent, entre autres, par la mise en place de ce cadre permanent de concertation et de dialogue entre le gouvernement et le secteur privé appelé Forum de Dialogue Etat – Secteur Privé.
Par ailleurs, la SFI a accordé une subvention de $415,000 dollars des États-Unis à la CCIAMA pour appuyer le FODEP et soutenir le renforcement des capacités institutionnelles  de la Chambre de Commerce pour en faire un véritable outil au service du secteur privé tchadien.
La mise sur pied du FODEP répond au constat fait sur l’environnement des affaires au Tchad suite à l’étude menée par un consultant national. En effet, il en ressort que le climat des affaires au Tchad est « difficile et le développement du secteur privé tchadien a longtemps été ralenti par un faisceau de contraintes structurelles, de pratiques administratives et de politiques économiques inadaptées aux exigences du monde moderne ». Pêle-mêle, les résultats de l’étude commanditée par la SFI fait ressortir, comme principaux obstacles :
- La lourdeur administrative doublée d’une corruption à tous les niveaux
- Les insuffisances chroniques et l’inefficacité flagrante de l’appareil judiciaire
- Le coût élevé voire l’absence de l’énergie et des moyens de télécommunication
- Les difficultés d’accès au crédit par les opérateurs économiques
- Le faible niveau de formation des opérateurs économiques.
Dès lors, l’établissement d’un dialogue permanent entre les différents acteurs évoluant dans les milieux des affaires au Tchad s’avère nécessaire. La date du 26 juin 2007 est en cela très symbolique pour le monde des affaires au Tchad car c’était ce jour qu’un « Atelier relatif à la mise en place du mécanisme de dialogue état-secteur privé » a avait été organisé à N’Djamena, sous la présidence du Premier Ministre Kassiré Coumakoye accompagné de plusieurs ministres.


La cérémonie d'ouverture de l'atelier. Au centre le Premier ministre et à sa droite le Représentant résident de la Banque mondiale au Tchad.
© Banque mondiale

Dans son discours prononcé à la cérémonie d’ouverture de cet atelier, M. Geoffrey Bergen, Représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Tchad a déclaré : « Un grand rêve  vient d’être réalisé au grand bénéfice de l’environnement économique tchadien. Dans un pays plein d’espoir comme le Tchad, dans le cadre de l’utilisation de ses revenus pétroliers, une telle initiative ne peut qu’être porteuse ». Pour M. Bergen, « rassembler secteur public et secteur privé autour d’une même table en vue d’impulser un dialogue permanent à travers un dispositif fiable et stable,  relève d’une très grande innovation dans ce pays. C’est donc l’aboutissement de tous les efforts consentis par le Chef de l’État tchadien, le gouvernement tchadien, le groupe de la Banque mondiale  et tous les acteurs du secteur privé, notamment la Chambre de Commerce et le Patronat tchadien ».
M. Youssouf Abassallah, ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a, quant à lui, soutenu que « l’heure n’est plus au diagnostic mais plutôt à l’identification des solutions concrètes et à leur mise en place ; le Forum de dialogue état-secteur privé arrive donc au bon moment pour apporter les premiers résultats ». Le Président de la Chambre de Commerce du Tchad, Monsieur  Koulamalah Souraj, a pour sa part salué l’initiative : « Le dialogue état-secteur privé apparaît clairement comme la condition sine qua non pour maintenir un climat de confiance propice à l’éclosion de nos entreprises. »

Edmond B. Dingamhoudou
Responsable de la communication


Trois questions à M. Cheick Fantamady Kanté, Coordonnateur du programme SFI au Tchad

1. Trois mois après la mise en place du FODEP, est-ce qu’on peut déjà avoir une idée de ce qui est en train d’être fait ?
L’atelier de mise en place du FODEP tenu le 26 juin 2007 a permis d’aboutir à un consensus entre toutes les parties prenantes au dialogue état-secteur privé, concernant la structure la mieux adaptée pour animer ce nouveau mécanisme. Le FODEP a donc été porté sur fonds baptismaux, comme plateforme de concertation et de dialogue entre les secteurs public et privé ainsi que les différents détenteurs d’enjeux de l’économie, y compris les bailleurs de fonds et la société civile. La Société financière internationale (IFC) s’est engagée au nom du Groupe de la Banque mondiale, à apporter son soutien technique et financier pour la mise en place et la réussite de cette importante initiative.
Depuis lors, le décret instituant le FODEP de manière formelle a été préparé et aux dernières nouvelles il est en cours d’adoption/signature par les autorités compétentes du pays. En plus de ce travail administratif qui s’est fait sous l’égide du ministère du Commerce, l’équipe préparatoire du FODEP dirigée par la Chambre de Commerce a commencé la mise en place du Secrétariat permanent qui sera le point focal chargé du suivi des activités du FODEP. Un autre évènement, et pas des moindres, fut l’audience accordée par le Chef de l’État au Bureau de la Chambre de Commerce en juillet dernier. Le Bureau en a profité pour présenter au Président de la République les conclusions de l’atelier de mise en place du FODEP et le Président a exprimé son soutien ferme à l’initiative.
Dans les toutes prochaines semaines le Secrétariat permanent s’attèlera au travail d’animation qui l’attend. Il devra constituer des groupes de travail et, si besoin est, entreprendre des études approfondies sur certaines questions devant aboutir aux réformes souhaitées. La première grande réunion du FODEP est prévue pour début 2008 et c’est au cours de celle-ci qu’il est attendu des décisions importantes dans le sens souhaité par tous.

2. Quelles sont les plus grandes attentes des opérateurs économiques par rapport au FODEP ?
Les attentes des opérateurs économiques sont nombreuses mais elles peuvent se résumer à la simplification des procédures, l’amélioration du respect des lois et règlements, l’accès à des financements du secteur privé ainsi qu’aux marchés, et le renforcement des capacités des entrepreneurs. Fort de la convergence de la volonté exprimée par les hautes autorités du Tchad et du dynamisme légendaire du secteur privé tchadien, le FODEP est bien parti pour marquer l’amorce de l’éclosion tant attendu du secteur privé tchadien.

3. Quel environnement économique peut-on entrevoir dans les cinq ans à venir au Tchad ?
Si les réformes souhaitées sont réalisées à terme, tous les espoirs sont permis pour que le Tchad soit lancé dans la direction d’une croissance économique soutenue, avec comme propulseur, entre autres, le secteur privé. L’économie tchadienne est dotée de beaucoup d’atouts. Son potentiel agro-pastoral est important, sans compter ses réserves minières et pétrolières en grande partie encore inexploitées.  Les ressources hydrauliques sont considérables.  Les sites touristiques célèbres du Tchad, son patrimoine culturel et artistique varié ont la capacité d’attirer des flux touristiques importants. Enfin, les opérateurs économiques tchadiens, même s’ils opèrent encore en grande majorité dans l’informel ont un sens des affaires exceptionnel, comme le prouve le développement du commerce et des services.  Il existe des structures d’appui, tel le Centre de développement des entreprises de la Chambre de commerce financé par l’IFC, qui concourent aujourd’hui à aider les opérateurs économiques à capitaliser sur ces atouts. Donc, si l’amélioration des infrastructures se poursuit à un rythme soutenu et que les réformes souhaitées se réalisent,  l’environnement économique s’en trouverait sensiblement amélioré.

Propos recueillis par Edmond B. Dingamhoudou


 

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